Je suis développeuse web depuis une grosse quinzaine d’années. Les IA génératives sont en train de me dégoûter de mon métier.
Je déteste avoir le ventre qui se tord et la voix qui se brise quand j’essaie d’expliquer à quel point je les déteste. Alors j’écris, les yeux brillants.
Je déteste l’idée d’être dans cette industrie qui, globalement, continue d’utiliser ces outils. Chaque problème qu’ils posent, pris séparément, suffit à mes yeux pour s’en passer, et pourtant mes pairs continuent de les produire, de les défendre, de les utiliser. J’en ai marre de ne plus pouvoir faire trois pas dans le monde de la tech sans croiser un gars qui m’explique que tous les problèmes de l’IA sont causés par les utilisateurs qui ne savent pas s’en servir correctement.
Je suis dégoûtée.
C’est assez nouveau, en fait. Pourtant, je suis une femme qui a étudié en école d’ingénieurs et travaillé dans diverses boîtes d’informatique pendant seize ans : des dégoûtants, j’en ai côtoyés. Des machos, des violents, des alcoolisés, des vieux et des jeunes, avec et sans cravate. Curieux, en fait, que je n’aie pas été dégoûtée plus tôt, par ces dégoûtants tellement mieux payés que moi, comme tant d’autres femmes de la tech avant moi.
Mais les IA génératives, c’est différent.
Elles détruisent tout. L’environnement. L’humanité. Et, c’est là que ça devient personnel, elles détruisent très précisément ce que j’aime dans mon métier pour mieux me noyer dans le reste.
Personnellement je refuse de me servir des IA génératives ; je mesure la chance d’être mon propre employeur et d’avoir la liberté de refuser. Tant d’autres ont expliqué ce qui ne va pas avec les IA génératives. Je ne ferais que répéter. Je vais essayer de me concentrer ici sur ce qui m’a fait aimer ce métier.
De ce métier, et dans l’absolu, j’aime principalement trois choses : créer, apprendre et transmettre. Le métier de dev a ceci de sympathique — en tout cas il avait ceci de sympathique avant 2022 — qu’il permet de varier les plaisirs en permanence avec des petites combinaisons : apprendre en créant, créer pour transmettre, et apprendre en transmettant.