Tandis que les frasques et les manœuvres des patrons de la tech étasunienne concentrent l’attention, en France aussi des forces s’affirment, décidées à faire de la puissance technologique un programme autoritaire. Des think tanks aux fonds d’investissement en passant par les salons où se côtoient dirigeants politiques et dirigeants d’entreprises, le projet « technofasciste » y prend racine sur un terreau rendu fertile par plusieurs décennies de durcissement sécuritaire, d’extension de la surveillance numérique et de mise sous contrôle des populations désignées comme menace.
Devant cette sommation technologique et son déploiement accéléré, il est vain de croire que l’on pourrait simplement tourner la tête, voire sauter du train. Mais il est urgent de prendre la mesure des bascules en cours et d’identifier ceux qui sont aux commandes pour les empêcher de nous mener dans le mur ; comme il est urgent de défaire les impasses stratégiques où une part de la technocritique s’est laissée enfermer afin de rouvrir la possibilité d’une critique progressiste et d’une maîtrise démocratique des choix technologiques.
Irénée Régnauld
Irénée Régnauld est essayiste, sociologue et doctorant à l’EHESS et à l’INSA Rennes. Spécialiste des implications sociales du numérique, il tient depuis 2014 le blog « Mais où va le web ? » et a cofondé en 2017 l’association Le Mouton Numérique. Il a récemment publié, avec Arnaud Saint-Martin, Une histoire de la conquête spatiale. Des fusées nazies aux astrocapitalistes du New Space (2024).
Le 26 août dernier, une décision du gouvernement américain a ébranlé la communauté hacker et internet. L’OFAC, l’autorité états-unienne chargée de l'application des sanctions internationales américaines dans le domaine financier, a désigné comme « groupe terroriste » Autistici/Inventati, un collectif italien d’hébergement alternatif. Ce collectif fournit depuis 25 ans des services d'e-mails et de blogs à des milliers de militant·es.
https://lnkd.in/e-2D9i5N
Il s'agit d'une décision de censure grave et inédite. Pour la justifier, l'administration Trump accuse Autistici/Inventati d’avoir fourni à des groupes antifascistes et à des militant·es de gauche des services d’hébergement, considérés comme un « soutien matériel » technologique au terrorisme. Le collectif rejette ces accusations et affirme défendre la liberté de communication.
https://lnkd.in/eDFGaEJP
Cette désignation comme terroriste a des conséquences directes : le nom de domaine "autistici.org" a été suspendu par le Public Interest Registry (PIR), l'organisme américain qui gère les noms de domaines en .org. Cela empêche ainsi les utilisateur·ices d'accéder à leurs mails et aux services fournis par A/I.
Bien qu'aucune décision de justice n'ait été prononcée, ce blocage démontre la vulnérabilité du système des noms de domaine et la dépendance technologique et politique vis-à-vis des États-Unis. En effet, ces sanctions n'ont aucune portée juridique directe dans l'UE. Pourtant, elles sont appliquées par les institutions, entreprises et instances techniques européennes qui ne veulent pas se voir infliger elles-aussi des sanctions économiques par les États-Unis. En témoigne la décision de Banca Etica, qui a suspendu le compte bancaire de A/I et annonce une probable clôture imminente.
https://lnkd.in/eUK4hsyK
Jamais les États-Unis n'avaient utilisé leur pouvoir de maîtrise de l'infrastructure des noms de domaine pour bloquer un adversaire politique. Cette décision inédite résulte du climat autoritaire et fascisant qui s'installe dans ce pays : Trump organise des sommets sur le « terrorisme d’extrême gauche » et des militant·es ont pu être condamné·es à des peines de prison pour leurs seules actions politiques.
https://lnkd.in/eHPAW_jF
Elle constitue un précédent dangereux pour tous les collectifs et personnes qui construisent chaque jour des communications respectueuses de la vie privée et s'affranchissent des États et du web centralisé.
Nous apportons toute notre solidarité à Autistici/Inventati et appelons les pouvoirs publics français à condamner urgemment cette attaque arbitraire et illégitime des États-Unis contre la liberté de communication sur Internet et à ne pas appliquer les sanctions de l'OFAC.
Nous vous invitons également à signer et partager la lettre de soutien publiée sur Sabot Media et traduite en français sur notre site.
Yanis Varoufakis discusses his powerful theory of technofeudalism to describe the next era after capitalism.
Capitalism’s dominance may have run its course. A new system of control has taken its place, one Yanis Varoufakis calls technofeudalism. For Varoufakis, former Minister of Finance for Greece and number-one bestselling author, the elite few who run Big Tech exercise the same level of influence that feudal overlords once did. Except now, they not only threaten democracy but wish to rewrite the rules of global power themselves. Join Varoufakis as he reveals why we need to thwart these new figures, and why we need to get Musk and Sam Altman out of the White House before it is too late.
Yanis Varoufakis is a leading critic of the economic establishment. He was the former Finance Minister of Greece, and is a professor, bestselling author, and current chair of the Democracy in Europe Movement 2025. The Institute of Art and Ideas features videos and articles from cutting edge thinkers discussing the ideas that are shaping the world, from metaphysics to string theory, technology to democracy, aesthetics to genetics.