L'écologie entrave nos libertés. Et c'est parfaitement normal.
On parle tout le temps d'écologie punitive, pour dénoncer le fait qu'elle serait un châtiment visant à empêcher personnes et entreprises de vivre leur vie comme ils l'entendent.
Mais on se demande rarement si ces entraves à nos libertés sont une particularité de l'écologie. Alors que pas du tout.
Parfois elles viennent de l'État : on appelle ça la loi, qui par nature est coercitive.
Parfois, elles viennent aussi des gens et des acteurs privés par simple volonté de maximisation de son bien-être (beaucoup de gens se retiennent de manger des chips tous les jours, alors qu’ils en ont envie, parce qu’ils savent que cela sera néfaste pour leur santé et leur sex-appeal).
Parfois elles viennent des gens ou des acteurs privés pour d’autres raisons : on appelle ça l'éthique, la morale, la responsabilité.
Est-ce qu'on crie à la punition quand on empêche quelqu'un de prendre le volant après avoir bu ?
On me dira : « ce n'est pas comparable. L’écologie, c’est un effort immédiat pour un bénéfice lointain et collectif, on fait peser la contrainte sur des gens déjà en difficulté, et personne ne se plaint du problème sur le moment".
Sauf que.
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C’est faux : les bénéfices ne sont pas lointains. 8000 décès supplémentaires cet été par exemple pour des raisons climatiques. Ça, c'est maintenant. Comme les factures d'énergie, l'air des villes, la qualité des aliments pour la santé, la dépendance aux importations.
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C'est exactement pareil pour l'alcool au volant. La règle ne protège pas d'abord celui qui boit. Elle protège tous ceux qui vont croiser sa route.
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Le silence des gens n'est pas une preuve d'innocuité. Et là, il faut parler de l'amiante.
On connaît l'histoire dans les grandes lignes :
- on découvre un matériau formidable pour isoler, donc a priori très utile pour la société
- on l'utilise, beaucoup
- La science découvre progressivement que cela fait du mal à la société à d'autres égards, en provoquant cancers et maladies mortelles
- Personne ne se plaint vraiment car les symptômes et les maladies se déclenchent souvent 30 à 40 ans après l'exposition
- Mais après lobbying, débats et jeux d'influence (et pour info, ça a pris BEAUCOUP de temps), l'Etat régule - interdit en l'occurrence - et la société s'adapte.
Est-ce qu’aujourd’hui quelqu’un oserait dire que l’interdiction de l’amiante est une punition pour les acteurs de la construction et les personnes qui ont un logement mal isolé ?
Alors oui, la transition écologique est plus vaste, plus diffuse, plus difficile à substituer que l'amiante.
Mais ça ne change rien à la mécanique.
Personne, aujourd'hui, ne regrette sa liberté de respirer de l'amiante.
Très bientôt, personne ne regrettera d’avoir dû changer de mode de vie ou de business model pour préserver l’habitabilité de nos territoires.
Je sais que c'est un vœu pieux. Mais il est temps d'arrêter de parler d'écologie punitive.